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YERMA

de federico garcia lorca

LE SPECTACLE

CREATION 2013

Yerma et Jean, jeunes éleveurs mariés depuis deux ans, n’arrivent toujours pas à avoir d’enfant. Confronté à cette absence de progéniture, le couple va peu à peu s’éloigner. Jean, semblant se résigner, s’enferme dans le travail cherchant à faire de son exploitation agricole une entreprise prospère et florissante. Yerma, au contraire, refuse de se soumettre à la fatalité et cherche par tous les moyens à conjurer le sort. Cette obsession introspective de Yerma va conduire Jean à la soupçonner de tout. Les attitudes opposées et acharnées de l’un et l’autre vont détruire le peu d’amour qui semblait encore tenir le couple. Chacun devient un étranger au sein de son propre foyer. Après cinq ans, le couple exsangue ne paraît plus voué qu’à la destruction et à la mort.

Notes de mise en scène par Daniel San Pedro

Lorca – Mettre en scène le théâtre de Lorca implique de se plonger de manière précise dans sa biographie. Ce n’est, en effet, qu’en s’attachant à la vie et à la personnalité du poète assassiné que l’on peut comprendre le fondement intrinsèque de son œuvre dramatique : les mécanismes et les conséquences de la frustration. L’homosexualité de Lorca était connue et il lui est même arrivé de se faire insulter tandis qu’il venait saluer à l’issue d’une représentation d’une de ses pièces. La frustration dont il a souffert n’est donc pas le simple fait de la clandestinité à laquelle il a été souvent contraint. Elle est davantage liée à la conscience du poète de son impossibilité à pouvoir construire une véritable vie de couple. Le refoulement physique parfois forcé ne vient que s’adjoindre au renoncement de la vie à deux. Yerma incarne à elle seule ce thème de la frustration. Femme non fécondée, elle est ce manque d’amour qui semble lui ôter toute raison de vivre. Yerma n’est pas la tragédie d’une femme condamnée à la stérilité mais celle d’une femme qui se voudrait aimer. Son nom même en témoigne puisqu’il s’agit là d’une invention de Lorca féminisant le not Yermo qui désigne en espagnol une lande désertique. Que les laboureurs passent et la terre redeviendra fertile … « Je suis comme un champ desséché que mille paires de bœufs pourraient labourer à la fois ». Comme le rappelait La Argentinita, amie du poète, « Yerma c’est Federico, c’est la tragédie de Federico ».

Un drame moderne – « J’ai reçu des lettres de gynécologues et de neurologues renommés qui confèrent une autorité clinique au cas que j’ai traité. Délibérément j’ai veillé à en éliminer tout produit d’élaboration mentale. Cela ne m’intéresse pas. Je livre cette pièce au pur instinct, au gémissement le plus primaire de la nature ». Lorca ne nous parle pas d’un fait-divers médical. Il nous met face à notre propre besoin d’amour. C’est l’universalité de ce propos qui m’a conduit à choisir de situer ce drame dans une esthétique résolument contemporaine. Il me semble important de sortir l’œuvre de Lorca de l’image folklorique dans laquelle elle est souvent cantonnée. Yerma, Jean ou Victor n’ont rien de danseurs de flamenco au regard noir et à la silhouette cambrée. Réduire le théâtre de Lorca à une espagnolade convenue, c’est non seulement en simplifier la charge esthétique et poétique, mais c’est également en affaiblir considérablement le propos dramatique.

La femme - Yerma c’est aussi l’histoire d’une femme qui cherche sa place au sein d’une société paysanne où seuls les hommes semblent compter. Là encore, le fait de situer l’action de nos jours me semble le meilleur de moyen de faire entendre les enjeux sociaux qui sous-tendent la pièce. Car si Yerma date de 1934, l’interrogation qu’elle pose sur la place de la femme dans le monde agricole reste toujours d’actualité. En effet, en dépit de l’incroyable modernisation de l’agriculture et de ses moyens de production, le statut des épouses d’agriculteurs reste peu valorisé. La reconnaissance de leur travail au sein de l’exploitation, ainsi que l’obtention des droits sociaux qui en découle, ne sont d’ailleurs que choses récentes. Aujourd’hui encore, nombre de jeunes filles renoncent à s’inscrire dans certaines filières de l’enseignement agricole par crainte de se confronter à un monde quasi exclusivement masculin. C’est à cette solitude-là que Yerma se voit également condamnée.

Le secret et le temps – Mettre en scène Yerma, c’est chercher à élucider ce qui lie intimement Yerma et Jean. Pourquoi Jean est-il incapable d’aimer sa femme ? Pourquoi Yerma ne le quitte-t-elle pas ? Quelle est la place de Victor au sein du couple ? Tout semble se jouer entre eux dans les silences et les non-dits. Et puis le temps passe faisant pourrir la situation… Le rapport au temps est central. Il l’est autant pour les personnages que pour le metteur en scène lui-même. Comment mettre en scène le temps qui passe ? Le temps s’écoule-t-il de la même manière à la campagne ? Pour signifier ces cinq années passées, un travail vidéo suivra l’évolution d’un paysage rural au fil des mois. Il s’agit de regarder concrètement passer les saisons. Ces images seront ensuite intégrées au spectacle afin d’accompagner et de porter la progression du récit. Ce travail vidéo démarrera dès la fin de l’année 2011 et se poursuivra jusqu’à la date de création du spectacle.

Des souvenirs – Il y a mes souvenirs d’enfant dans les villages pauvres de Castille. Des étés heureux à vivre comme dans un siècle passé. Avec des paysans, des bergers et leurs troupeaux. Avec la lumière, les odeurs et les rumeurs… Pour autant l’action ne sera pas située en Andalousie, ni même en Espagne. Ici les personnages sont des paysans mais sans sabots et sans accent. Leurs émotions sont à l’image de la nature : intense, imprévisible et sauvage. Un trop plein de sang coule dans leurs veines et rend le drame inévitable. Afin de ne pas tomber dans la caricature, j’ai souhaité rencontrer et travailler avec plusieurs bergers. L’un pratique la transhumance dans les montagnes du Pays Basque, l’autre est un éleveur ovin installé en Normandie. La justesse du geste est primordiale pour ne jamais avoir à faire semblant.

Le dossier de présentation du spectacle :

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Compagnie des Petits Champs 1, route de Beaumont La Ville 27170 Beaumontel / N° de SIRET : 523 616 472 00016 / N° de licences : 2 – 104 06 00, 3 – 104 06 01