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LE PAYS LOINTAIN

de Jean-Luc Lagarce

Le Spectacle

CREATION 2017

– Le voyage d’un homme jeune à l’heure de sa mort, regardant tout ce que fut sa vie –

aller revoir les lieux sans intérêt où je vivais lorsque j’étais plus jeune, et où j’avais promis, en effet, où j’avais promis de ne jamais revenir

– j’étais tout seul, il faut entendre, j’étais tout seul, à me défaire –

je décidai de revenir sur mes pas, je me suis dit cela et je suis parti, je me suis mis en route, aller sur mes traces et refaire le voyage

– c’est l’histoire d’un voyage, l’histoire d’un homme jeune et de son voyage –

NOTE D’INTENTION PAR CLEMENT HERVIEU-Léger

Ce sont Molière et Marivaux qui m’ont naturellement conduit vers le théâtre de Jean-Luc Lagarce. Lagarce qui, s’il n’avait été emporté par la maladie, aurait aujourd’hui 58 ans. Pourquoi cet auteur contemporain nous apparaît-il comme un auteur « classique » - entendons ici le terme « classique » comme la seule reconnaissance d’une appartenance à un corpus partagé constitutif de notre identité commune - ? Pour la beauté de sa langue, bien sûr, qui emprunte autant à la métrique racinienne qu’à la conversation courante. Mais peut-être plus encore parce que Jean-Luc Lagarce nous permet de raconter notre propre génération, indépendamment de la date d’écriture de ses pièces. Certes, le théâtre de Lagarce est profondément ancré dans ce qu’on appellera tristement plus tard les « années sida » mais il ne se réduit pas au témoignage circonstancié d’une période donnée. Louis, comme Alceste ou Lucidor, nous interroge sur nous-même : que veut dire vivre lorsqu’on est encore jeune et que l’on sait qu’on va mourir demain ? Je n’ai pas connu cette période à la fois sombre et folle des années 80 où l’on jouait, sans le savoir, avec l’amour et la mort. Mais j’ai aujourd’hui l’âge de Louis.

Je me souviens de cet ami fêtant avec incrédulité ses trente-trois ans, persuadé depuis l’enfance qu’il n’atteindrait jamais cet âge. Son père était mort à trente-trois. Lui n’avait alors que neuf ans.

Je me souviens d’un soir de Noël au théâtre où, après la représentation, nous avions organisé une petite fête entre nous. Nous nous offrions des cadeaux. Nous nous sentions « en famille ». Une famille choisie où chacun tenait son rôle : qui la mère, qui le frère ou la sœur.

Je me souviens des mots de Patrice Chéreau pendant que nous répétions Rêve d’Automne au Musée du Louvre : « Les êtres aimés sont eux aussi des fantômes, mes fantômes – vivants : ils disparaissent, ils réapparaissent parfois. Ils me hantent et m’habitent, je les convoque tous les jours. »

J’ai, moi aussi, mes fantômes. Mes souvenirs. Et mes obsessions. Celles que je ressasse d’un spectacle à l’autre. Il y a la nostalgie. La nostalgie n’a rien à voir avec la simple tristesse. C’est une forme de mélancolie causée par l’éloignement du pays natal. C’est un regret attendri, un désir vague. La douleur de l’impossible retour. C’est un rapport au temps. La nostalgie n’est pas la réaction, elle est le propre de la condition humaine. Monter Le Pays Lointain dans son intégralité nous oblige à interroger et accepter cet autre temps fait de longueurs, de langueur, d’ellipses et de brusques fulgurances. C’est faire du théâtre le lieu même du mouvement introspectif et du questionnement nostalgique. Chacun a son pays lointain. Ainsi le théâtre de Lagarce nous permet de convoquer nos fantômes pour raconter notre propre histoire.

Ils se retrouveraient sur une aire de stationnement, un de ces parkings qui bordent les routes nationales où les familles s’arrêtent pour pique-niquer à l’heure du déjeuner et où des hommes se retrouvent une fois la nuit tombée. Un lieu de passage où tout s’échange : les paroles comme les silences. Ils se seraient donner rendez-vous là.

Il me fallait réunir pour ce projet une distribution avec laquelle je partage une véritable intimité. Il me fallait composer une famille. La plupart des acteurs rassemblés ont ainsi déjà travaillé avec la Compagnie des Petits Champs. L’esprit de troupe est central dans l’œuvre de Jean-Luc Lagarce. Il allait de soi que Loïc Corbery qui a été Alceste et Lucidor incarne Louis. Loïc a des faux-airs d’Hervé Guibert. C’est aussi ce qui me plaît. Je ne crois pas, en effet, qu’il faille considérer le personnage de Louis par le seul prisme de la biographie de Lagarce. Je crois, au contraire, qu’à l’instar des grands rôles du répertoire, il est une figure à reconstruire à chaque mise en scène. L’auteur du Mausolée des amants est ainsi pour moi une source d’inspiration majeure. Son rapport au désir et sa relation aux autres éclairent autrement le texte de Jean-Luc Lagarce. Il fait planer sur Le Pays lointain les souvenirs d’une autre « famille », celle qui se réunissait rue de Vaugirard autour de Michel Foucault.

Pourquoi le théâtre de Lagarce fait aujourd’hui parti de « nos classiques » ? Peut-être simplement parce qu’il répond à cette définition de Charles Garnier : « est classique tout ce qui se construit ».

Compagnie des Petits Champs 1, route de Beaumont La Ville 27170 Beaumontel / N° de SIRET : 523 616 472 00016 / N° de licences : 2 – 104 06 00, 3 – 104 06 01